Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
derriereletiquette.overblog.com

Derrière l'étiquette est une association qui vise à dénoncer les pratiques qu'emploient les firmes dites "transnationales" pour produire leurs produits en regardant ce qui se cache derrière leurs étiquettes.

Du travail d'enfant dans nos chocolats ?

Publié le 10 Décembre 2012 par antoineaff

On pourrait très difficilement se passer de chocolat, nous en mangeons en moyenne 7 kg par an, mais il convient de s'intéresser sur la manière dont celui-ci est fabriqué. Une réalité dont les industries chocolatières ne parleront pas dans leur publicité est celle du travail d'enfant. L'aliment primaire au chocolat est le cacao, celui-ci pousse en Afrique de l'Ouest, principalement en Côte d'Ivoire et au Ghana. Ces deux pays représentent 70% de la production mondiale de cacao, le Nigéria, le Cameroun, l'Indonésie et l'Equateur fournissent le reste.

Dans le monde, on trouve 5,5 millions de producteurs d'or brun, la Côte d'Ivoire représente un tiers de cette production, ce qui en fait le plus gros exportateur mondial. Dans ce même pays, 820 000 enfants sont également employés dans ses champs, parmis lesquels 260 000 sont victimes des pires forment de travail au regard de l'Organisation Internationale du Travail (OIT). Par pires formes de travail, celui-ci précise "concerne les enfants réduits en esclavage, exposés à des sévices physiques, manipulant des outils dangereux ou portant de lourdes charges ainsi que la soumission à de longues heures de travail" (article 3 de la convention n°182).

Le trafic d'enfant est encore une autre problématique de la filière du chocolat, celui-ci est également omniprésent en Afrique de l'Ouest. Ces enfants viennent du Mali, du Burkina-Faso et du Togo, ils sont envoyés par leurs parents ou enlevés à leur insu pour être ensuite revendus comme esclaves aux exploitants de cacao en Côte d'Ivoire. On en recense environ 15 000.

Le Mali est l'un des pays les plus pauvres au monde dont la population est très jeune, sur ces 13 millions d'habitants, plus de la moitié ont moins de 15 ans. La frontière entre ces deux pays est une véritable plaque tournante pour ce trafic, en effet tous les jours des enfants âgés entre 10 et 14 ans y viennent par autocars pour être ensuite envoyés clandestinement par des passeurs vers la Côte d'Ivoire.

Pourtant, il y a 11 ans, soit en 2001, les grands noms du chocolat, sous la pression du gouvernement américain avaient signés un accord, le protocle Harkin-Engel qui prévoyait de supprimer le trafic et le travail d'enfant dans les plantations de cacao d'ici à 2008. Mais en 2010, l'université américaine de Tulane chargée d'évaluer sa mise en oeuvre rend ces conclusions. Selon elle, rien de concret n'a été réalisé et elle estime que pour atteindre l'ensemble des objectifs, il faudrait dépenser une somme 42 fois plus élévés que celle qui est accordée aujourd'hui.

En 2009 par exemple, Interpole (l'Organisation international de police criminelle) a mené une action contre ce trafic, où ils ont réussi à sauver une cinquantaine d'enfants destinés à travailler dans les plantations et dans le même temps à arrêter 8 passeurs.      L'action a pu sembler impressionnante mais des personnes dotées de beaucoup moins de moyen en sauve beaucoup plus, c'est le cas d'Idrissa Kanté, du syndicat des chauffeurs de bus, qui arrive chaque année à sauver en moyenne plus d'une centaine d'enfants (150 en 2008).

L'International cocoa initiative qui avait été créée pour suivre les recommendations du protocole n'a été doté que de 3 millions de dollars par les industriels. A titre de comparaison, le chiffre d'affaire de l'industrie du chocolat s'élève à 62 milliards de dollars, c'est donc bien peut par rapport à leurs moyens.

Quant au plan cacao déployé en 2008 par Nestlé, il ne prend en compte que 2% des 380 000 tonnes de cacao qu'elle achète chaque année.

Bref, aujourd'hui encore aucune mesure significative n'a été prise pour lutter contre ces exactions et ce n'est que 3% de la production mondiale de cacao qui est certifié comme équitable, assurant ainsi un revenu décent aux producteurs.

Car la raison principale de l'utilisation du travail d'enfant réside dans la pauvreté des producteurs, qui concerne 80% d’entre eux. Et les firmes du chocolat sont en grande partie responsables de cette pauvreté, qui trouve son origine dans le prix auquel elles achètent leur cacao, celui-ci ne leur permettant pas de vivre convenablement et qui ne couvre parfois même pas les coûts de production.

Depuis 12 ans en Côté d'Ivoire, il n'y a plus de prix minimum garantie pour les producteurs, car la filière a été déréglementée et les entreprises locales ont du faire place aux grandes multinationales. Ce cacao est acheté à une somme dérisoire de 1,45 euro le kilo. Dans ces conditions, les agriculteurs n'ont pas les moyens financier pour employer des adultes et demandent alors à leurs enfants de travailler avec eux, les excluant ainsi du système scolaire (l'OIT ne reconnaît pas le travail qui interfère avec l'école mais autorise seulement celui qui a une portée pédagogique). Le travail d'enfant est donc monnaie courante, ces derniers coûtent en effet deux fois moins chères qu'un adulte, et pour ceux qui travaillent comme esclave, n'étant pas de la même famille, ils se retrouvent avec un seul repas par jour et battus le plus souvent.

De plus, la production de cacao en Afrique se fait dans de petites plantations familiales, où les terrains sont relativement petits et donc ne produisent pas beaucoup d'or brun. C'est pourquoi les familles ne peuvent pas s'assurer d'un revenu assez important pour vivre dans de bonnes conditions et envoyer leurs enfants à l'école. Ils sont donc contraints à les faire travailler.

Il est alors important de préciser que parmi les coûts de production d'une tablette de chocolat, seulement 5% de son prix reviendra dans les poches des agriculteurs.

Le travail des enfants dans les plantations n'est pas une partie de plaisir. Ces derniers manipulent des machettes lourdes et aiguisées et injectent également des pesticides sans aucune protection. A la période des récoltes, ils peuvent porter des sacs pesant jusqu'à 40 kilo sur leur dos. De nombreuses maladies sont ainsi liées à l'utilisation des pesticides qui affectent le système respiratoire et les organes internes des enfants, les cas de coupures avec la machette sont également fréquents.

Mais les industriels ne se procurent pas directement le cacao aux producteurs et donc déclinent toutes responsabilités, ils vont plutôt préférer passer par des intermédiaires pour se le procurer. Ce sont d'abord des pisteurs qui vont l'acheter pour le compte de négociants qui vont ensuite le revendre aux entreprises de transformations, qui portent les noms moins connus de Barry-Callebaut, ADM et Cargill -les trois poids lourds dans ce secteur- et c'est à elles que les entreprises chocolatières vont se le procurer. A partir de là, d'où il viens et par qui il a été fait, ça importe peut, tout ce qu'il faut c'est qu'il ne coûte pas chère.

Ainsi Nestlé ne peut fournir aucunes indications sur la provenance de 90% de son cacao, soit parce qu'elle s'y refuse, soit parce qu'elle ne le peut tout simplement pas. Le manque de traçabilité est meilleure pour les affaires car elle lui permet de ne pas être directement impliquée dans l'exploitation d'enfants.

Heureusement, pour nous rassurer dans nos achats, elles ont crée des pages enjoliveuses, où l'on découvre le monde merveilleux des plantations de cacao, où tous le monde est content, souriant et puis sans enfants (enfin si, mais en photos sur les bancs d'écoles), elles tiennent vraiment à partager tout le bien qu'elles font autour d'elles.

Mais le « plan cacao » de Nestlé n'est rien d'autre qu'un simple outil marketing, car celui-ci ne prend pas du tout en compte le paiement d'un prix minimum à ces cultivateurs, mais elle leur offre des plants de cacaoyer pour augmenter la production et puis grâce à un tour de passe-passe faire baisser leurs prix.

Non, en fait la préoccupation sur le sort des producteurs ne fait pas encore partie de leur centre d’intérêt, leurs pensés reste encore et pour toujours focalisées sur les bénéfices à tout prix. Pour preuve, aujourd'hui, l'échéance du protocole Harkin-Engel à été remis à 2020.

Pourtant, ce n'est qu'un oligopole de 10 entreprises qui dominent le marché du cacao, leur influence est immense compte tenue de leur pouvoir financier, rien que pour Nestlé, ses bénéfices s’élèvent à 37 milliards de $, quand le PIB de la Côte d'Ivoire n'en pèse pas plus de 24 milliards ; donc si elles le voulaient, ces pratiques auraient été abandonné depuis bien longtemps.

Source : UNICEF ; OIT ; CTB ; La Déclaration de Berne ; RTS ; Beurk.com

Vidéo : Arte ; La face cachée du chocolat ; Envoyé Spécial : Le goût amer du chocolat ; BBC : The Bitter Truth

Documentaire Arte théma : La face cachée du chocolat

Commenter cet article